Enseigner pour apprendre (LdL): La conceptualisation comme source de bonheur

Cet article va être publié sous peu en allemand dans le „Handbuch Unterricht und Erziehung“ chez l‘éditeur Wolters Kluwer.

Jean-Pol Martin

Introduction

Au début des années 80 l’auteur de cet article, professeur de francais langue étrangère à l’Université d’Eichstätt et vacataire au lycée Willibald eut l’idée de déléguer des tâches d’enseignement à ses élèves (Martin 1985). Il voulait en premier lieu augmenter leur participation verbale, car une langue s’apprend en parlant. De plus assumer des tâches d’enseignement conduirait les apprenants à communiquer de facon intense et authentique, donc à accroître leurs compétences de communication. Enfin cette pratique accroîtrait leur motivation car il seraient plus impliqués dans le processus du cours. Tous ces objectifs furent atteints. En particulier l’accroissement de la motivation des élèves fut spectaculaire. A la recherche d’une explication scientifique pour ce bond motivationnel l’auteur s‘appuya sur les théories des besoins (Maslow) mais également sur les neurosciences, qui à cette époque ne jouaient qu’un rôle marginal dans les sciences de l’éducation.

1.Lernen durch Lehren (enseigner pour apprendre)

La méthode „Lernen durch Lehren“ (LdL) sous sa forme actuelle existe depuis 1985 (Martin, 2004, Grzega, 2011, p.13). D’abord limitée à l’apprentissage des langues l’application de cette méthode s’élargit successivement à d’autres disciplines, d’autres phases de l’apprentissage et d’autres cycles et domaines d’enseignement. Au cours des dernières décennies les travaux et publications sur LdL ont atteint un volume considérable (Oebel, 2009, bibliographie sur LdL, p.507 et suivantes).  C’est pourquoi nous ne rappelons ici que le caractéristiques principales du dispositif LdL:  „Lorsque des apprenants abordent de facon autonome des contenus à transmettre à leurs condisciples en classe, lorsqu’à l’issu de leurs présentations ils s’assurent que leurs camarades ont bien compris ce qu’ils leur ont expliqué et lorsqu’enfin par une série d’exercices ils veillent à ce que les informations soient bien assimilées et mémorisées, ce dispositif est désigné comme étant ‚Lernen durch Lehren‘ (LdL), ‚enseigner pour apprendre‘.“  

Cette définition tirée de l’article de base sur la théorie et la pratique de LdL („Weltverbesserungskompetenz als Lernziel?“, Martin 2002) résume la méthode en peu de mots mais suffisamment clairs. Les nouveaux contenus sont répartis en petites unités confiées à deux élèves par unité et ceux-ci ont la tâche de l’enseigner aux autres en plénière. Les préparations aux présentations ont lieu en classe. L’expérience montre qu’après une courte phase d’adaptation la plupart des apprenants sont en mesure de présenter avec compétence les contenus à leurs camarades et de les leur faire assimiler et mémoriser (Cau, 2015).

2.Le bonheur: besoins fondamentaux, contrôle, flow et LdL

Les ouvrages sur le bonheur sont extrèmement nombreux (Bormans 2011). On peut définir le bonheur comme un état de bien-être stable, avec des écarts vers le haut ou vers le bas. Ce bien-être est dû à la satisfaction de besoins et à leurs corrélaires physiologiques (par exemple la production de dopamine, d’oxytocine ou d’adrénaline). Sous certaines conditions le sentiment de plaisir atteint une forte intensité, comme c’est le cas pour le flow  (Csikszentmihalyi 1999) qui peut être limité dans le temps ou durer plusieurs jours ou plusieurs mois. Si on veut que des élèves, des étudiants ou des collaborateurs éprouvent des sensations de bonheur, il est  conseillé de les placer dans des structures génératrices de flow.

Face à la méthode LdL il se pose la question de savoir quels besoins sont mieux satisfaits lorsque les contenus sont transmis non pas par l’enseignant mais par des élèves.

2.1. Les besoins fondamentaux selon Maslow

La pyramide des besoins

maslow

Le modèle de Maslow (Maslow 1981) a été largement pris en considération par le public et il n’est pas nécessaire ici d’en discuter les modalités. Maslow présente un tableau des besoins qui poussent l’être humain à agir. S’ils parviennent à atteindre un certain niveau de satisfaction, un sentiment de bien-être relativement stable s’instaure. Maslow distingue plusieurs paliers, partant des besoins physiologiques, dont la satisfaction est indispensable à la survie de l’individu, puis passant au besoin de sécurité, à celui d’appartenance et de reconnaissance sociales, l’étape supérieure étant le besoin de réaliser ses potentialités et enfin le besoin de sens, peut-être aussi de transcendance.

La méthode LdL semble plus que les dispositifs de type cours magistral répondre aux besoins fondamentaux décrits par Maslow: en partant de la base de la pyramide, donc des besoins physiologiques, on constate que LdL conduit à plus d’activités physiques en cours. Les élèves travaillent en binôme, dessinent des affiches, leurs présentations incluent des pantomimes et des saynètes. Le besoin de sécurité est pris en considération  puisque dans le cadre des présentations ils gagnent de plus en plus de confiance en eux. Afin que les élèves ne soient pas anxieux pendant les cours, les heures de classe sont complètement libérées de toute notation.  Les évaluations sont effectuées dans le cadre de compositions et de devoirs sur table. Lorsque les élèves font eux-même les cours leurs besoins d’appartenance et de reconnaissance sociale peuvent être mieux satisfaits puisqu’ils travaillent en binôme, ce qui les rapproche, et lorsque leurs présentations/cours sont réussis, ils jouissent des applaudissements de leurs camarades et du professeur. La réalisation des potentialités  est favorisée par le fait que chaque élève peut utiliser ses compétences particulières dans la présentation des contenus, par exemple ses dons musicaux ou picturaux. De ce fait et d’une facon générale tous les participants sentent que leurs activités s’inscrivent dans un cadre humainement ambitieux qui fait sens.

2.2. Le besoin de contrôle

La recherche sur les émotions insiste sur l’importance du sentiment de contrôle (Österreich 1981, 24ff). Dörner (1983, p.433) constate: „Un caractère essentiel des émotions semble être, que celles-ci constituent des réactions à des expériences de perte de contrôle, à la récupération du contrôle, au fait de disposer ou non de contrôle. (…) La perte de contrôle provoque des sentiments de peur, de crainte, d’angoisse. La récupération du contrôle déclanche des sensations de fierté, die triomphe, de joie.“  Le contrôle est donc existentiel pour la survie de l’individu. La perte définitive de contrôle conduit à la mort. Le sentiment de contrôle signalise qu’on est apte à se maintenir en vie. Or se maintenir en vie est le but de toute activité et de chaque action.

Dans ce contexte on constate que tous les besoins fondamentaux désignés par Maslow peuvent être classés sous une catégorie: le besoin de contrôle. En effet les besoins physiologiques correspondent  à la tâche de maintenir l’organisme en état de fonctionnement en lui conférant les soins nécessaires, notamment en lui fournissant de l’énergie. Le seul fait de se laver les dents correspond à cette exigence, puis le petit déjeuner et toutes les activités développées pour maintenir l’organisme en bonne santé. En ce qui concerne la sexualité, qui fait partie des besoins physiologiques, elle ne s’applique pas à la survie de l’individu mais à celle de l’espèce. Les besoins physiologiques se manifestent lorsqu’il y a une nécessité d’agir pour que le fonctionnement de l‘organisme soit assuré et maintenu sous contrôle. Au niveau supérieur, le besoin de sécurité, il s’agit également de contrôle: l’individu se sent bien, lorsqu’il n’est  pas menacé et lorsqu’il contrôle son environnement. Le besoin d’appartenance sociale  correspond au contrôle de la sphère sociale. Lorsqu’une personne fait partie d’un réseau humain, elle dispose de davantage de ressources pour maîtriser son existence. Le phénomène est le même en ce qui concerne le besoin de reconnaissance. La considération sociale donne confiance et renforce le sentiment de contrôler son champ de vie. Au palier suivant nous quittons la sphère des besoins liés à un manque.  Avec le besoin de réaliser ses potentialités  nous sommes dans le domaine de l’expansion. Il ne s’agit pas seulement de garder le contrôle mais de l’augmenter: lorsqu’on se sent des dons, par exemple musicaux, on a le désir de mettre ces capacités en  oeuvre et de conquérir le vaste monde de la musique pour le contrôler. Il en est de même pour les activités sportives, pour l’acquisition de savoirs, pour la découverte de nouvelles contrées. De cette facon notre carte cognitive et émotionnelle s’élargit. On „contrôle“ de plus en plus de domaines dans notre monde. Enfin le besoin de sens peut être également considéré comme appétit de contrôle. L’individu tend à comprendre les ressorts et éléments de son existence. Il veut savoir ce qui le pousse à agir, il veut découvrir les raisons de ses succès et de ses échecs et identifier les causalités. La religion et la philosophie s’efforcent de livrer des systèmes d’explication qui confèrent un sentiment de contrôle et de sécurité. Non seulement pour le temps de l’existence, mais également pour ce qui se passe après la mort.

2.3. Le traitement de l’information (par le cerveau) et le contrôle

Le traitement de l’information par le cerveau n’est pas le but mais un moyen. Sans que notre cerveau traite de facon permanente les informations auxquelles il est confronté l’organisme perdrait très rapidement le contact avec son environnement et il ne serait plus en mesure de vivre. Il doit garder continuellement le contrôle cognitif de ce qui l’entoure.

Au cours de ses recherches sur la motivation Portele (1975) consacre son attention aux émotions positives que le traitement de l’information déclanche au niveau des réseaux neuronaux. Pour que ces émotions soient positives, il faut que le cerveau soit confronté à des stimuli présentant certaines caractéristiques:

 „1. Les organismes essaient d’éviter la suractivation oubien de la réduire. Ils essaient d’éviter également la sousactivation en augmentant l‘activation. Ils cherchent donc une situation d‘activation optimale. (…)

  1. Pour atteindre un état optimal d‘activation, l’organisme doit sans arrêt intégrer des nouveaux stimuli, car l’activation déclanchée par un stimulus se réduit par un phénomène d‘adaptation. (…) L’état stable qui est recherché est le processus du traitement de l’information, c’est à dire la réduction constante de l‘écart, la constitution sans arrêt renouvellée d’une cohérence. (…)“

(Portele 1975, 235 f.)  (traduction en francais de l’auteur)

Traiter des informations est une activité gratifiante. Toutefois pas pour toutes les informations. Les stimuli doivent remplir certains critères:

  • La quantité: pas trop mais suffisamment quand même
  • Complexité: pas trop complexe mais pas trop simple
  • Flux: pas trop vite mais pas trop lent

Pour obtenir une activation optimale et par conséquent une forte motivation il faut que les élèves aient la possibilité:

  • de vouer leur attention totale et sans entrave aux stimuli;
  • d’être confrontés à des informations qui les motivent de facon continue à les traiter.

Le traitement de l’information et LdL

Dans les cours de type magistral les stimuli proviennent en principe du professeur. Aussi bien le volume des informations que la rapidité du flux sont contrôlés par l’enseignant. Les apprenants sont contraints de se concentrer sur une seule source et d’adapter leur capacité à traiter de l’information à cette source. Ils ne peuvent éviter la suractivation ou la sousactivation que dans de rares cas. C’est de cette facon que l’ennui s’installe. Dans le cadre de LdL les élèves ont la tâche de présenter des contenus du programme fixés d’avance et de les faire assimiler par leurs camarades. Ils doivent organiser les informations contenues dans leurs textes. Cela signifie qu’ils doivent sélectionner les contenus qu’ils présenteront plus tard à la classe. Dans cette phase déjà ils sont libres, sans contrainte extérieure, de réguler le flux des informations sur lesquelles ils travaillent. Leur tâche consiste à

  • comprendre les contenus destinés à être transmis et en sélectionner les éléments essentiels (réduction de complexité) ;
  • effectuer une didactisation de facon que les camarades soient motivés de manière optimale et soient conduits à une compréhension si possible parfaite (élaboration de transparents et d’affiches, de diagrammes, de questions sur les contenus, organisation des travaux de groupes);
  • prévoir une phase de consolidation de sorte que le groupe mémorise et automatise les contenus.

Toutes ces tâches exigent des élèves de gros efforts intellectuels. C’est donc un challenge considérable pour le cerveau.

La possibilité de choisir les informations (stimuli informatifs) de manière libre et autonome et de les traiter suivant un mode décidé par eux-mêmes, de sorte que le cerveau soit récompensé (dopamine, adrénaline), donc que du „bonheur“ soit créé, assure une motivation durable et stable.

2.4 Comportement explorateur et flow

Il existe la volonté non seulement de maintenir le contrôle cognitif pour maitrîser son champ d’activité mais aussi de l’élargir. Nous recherchons d’autres champs d’action pour en prendre le contrôle cognitif. Cela concerne l’espace, mais aussi le temps. Nous désirons connaître d’autres pays mais aussi d’autres époques, passées ou futures. Cette attitude doit être encouragée dans la classe. Dörner (1983, 331ff.) dégage les caractéristiques de personnalités compétentes dans la résolution de problèmes et met en relief leur attitude exploratrice. On désigne un comportement explorateur comme étant l’attitude d’une personne qui cherche des situations peu définies et comportant un haut degré d’incertitude. La logique qui se développe est la suivante: les individus explorateurs sont à la recherche de champs qu’ils ne connaissent pas et où ils tentent de s’imposer en trouvant des solutions aux problèmes qui se posent. Chaque nouvelle expérience est enregistrée sous forme de schéma abstrait, cognitif. Plus nous faisons d’expériences, plus nous enregistrons de schémas et plus notre carte cognitive s’élargit. Une carte cognitive vaste nous fournit le contrôle sur des domaines de plus en plus larges, elle nous permet de traiter davantage de nouvelles expériences au niveau cognitif et nous protège contre les chutes émotionnelles. Elle nous donne une base solide pour maîtriser les nouvelles situations. Le sentiment de contrôle se renforce, la confiance en soi augmente et le souhait de chercher à nouveau des champs inconnus, donc de se comporter de manière exploratrice.

L’attitude exploratrice doit être récompensée. Le sentiment de contrôle qui s’installe lorsqu’on a maîtrisé une tâche difficile est particulièrment intense dans le cadre du flow (Csikszentmihalyi1999). Suivant Csikszentmihalyi le flow est un sentiment de flux, d’oubli de soi-même au cours de l’action. Les conditions en sont les suivantes:

  • Pénétrer dans des champs inconnus
  • Aborder des situations dont on ne connait pas l’issue et dans lesquelles on porte une responsabilité
  • Résoudre des problèmes, maitriser des situations difficiles
  • Investir toutes ses propres ressources
  • Sentiment de dépasser ses propres limites
  • Garder le contrôle sur ses propres activités et sur le champ d‘action

En principe chaque activité exploratrice exigeante peut mener au flow. Les disciplines sportives comme la voile ou l’équitation présentent les critères qui mènent au flow. Faire des exposés, enseigner, diriger des ateliers conduisent à des phases de flow lorsqu’on garde le contrôle de la situation.

Comportement explorateur dans le cadre de LdL

La tâche de présenter de nouveaux contenus déclanche toute une série d’activités dont l’objectif est la maîtrise cognitive d’un savoir. Comme en même temps les élèves doivent établir une stratégie didactique , divers options pour les présentations doivent être élaborées et mémorisées afin que dans la situation concrète du cours suivant l’évolution du processus ils disposent de plusieurs possibilités. Préparer un cours signifie développer des scénarios complexes pour les avoir en réserve pendant le cours et avoir un maximum de contrôle. Si cette tâche est déléguée aux apprenants, il s’ouvre pour eux un champ illimité pour exercer un contrôle cognitif à un haut niveau. Si dans la situation concrète les élèves réussissent à maîtriser la situation, ils sont récompensés par un flow intense.

2.5 Donner des instruments pour faciliter le contrôle cognitif

La recherche sur les besoins avec la pyramide de Maslow et les neurosciences avec les découvertes sur le traitement de l’information au niveau du cerveau livrent des instruments très utiles pour comprendre le fonctionnement des individus ou des groupes. Elles mettent à notre disposition des modèles d’explication pour nos comportements. Ils est indispensable de confier ces instruments aussi bien aux professeurs  qu‘aux élèves. Nous ajouterons pour compléter certains éléments systémiques.

2.5.1 Les systèmes sont assujettis à des forces antinomiques

A l’aide des théories systémiques il est possible de confier des modèles  supplémentaires d’analyse, d’une grande utilité heuristique.  Ainsi les observations  faites en biologie, en physique et en psychologie révèlent que les entités conservent leur cohésion interne en s’efforcant constamment de maintenir un équilibre entre l’intégration et la différenciation. Ils sont de facon permanente soumis à des forces centripètes et centrifuges et doivent, pour maintenir leur intégrité veiller en investissant beaucoup d’énergie à ce qu’aucune des deux forces ne prennent définitivement le dessus (voir aussi la loi de l’entropie). Si les forces centripètes l’emportent, le système implose. Dans le cas contraire le système se décompose. On peut appliquer cette observation à des individus ou à des groupes. Les êtres se trouvent soumis à des besoins antinomiques.

Système de besoins antinomiques

Contrôle Manque de contrôle
Ordre Chaos
Clarté Flou
Simplicité Complexité
Intégration Différenciation
Société Individu
Contrainte Liberté
Concret Abstrait
Linéaire Non-linéaire
Centralisation Décentralisation

Les êtres recherchent de manière consciente l’ordre, la clarté, la simplicité… Mais très vite ces structures les ennuient. La nature prévoit que les êtres vivants s’entrainent de manière continue  à réduire l’incertitude, le chaos, la complexité et le flou. Les êtres sont construits de telle facon qu’ils vont vers le chaos, l’incertitude et la complexité pour les transformer en ordre, clarté et simplicité. L’état qu’il doivent sans arrêt s’efforcer d’atteindre pour survivre est l’équilibre entre les deux ensembles de besoins antinomiques. La récompense qu’ils obtiennent pour ces efforts est le flow. Comme un équilibre stable ente les deux groupes de besoins antinomiques ne peut jamais être définitivement atteint, l’être est sans arrêt obligé d’essayer de rétablir l’équilibre. A peine sommes nous inclus dans un groupe de personnes, aussitôt nous veillons à garder notre autonomie et notre individualité et nous refusons d’être assimilés.  Nous exigeons la liberté, mais si on nous laisse beaucoup de liberté, nous souhaitons des directives claires et des sanctions si elles ne sont pas suivies.Dès que cette pression est exercée, nous réclamons plus de liberté. Ceci concerne toutes les antinomies. Les partis politiques utilisent ces groupes de besoins en s’adressant sciemment à l’une ou l’autre tendance. Ainsi les partis conservateurs cherchent à satisfaire le besoin d’ordre et de calme. Les progressistes par contre misent s’adressent à des groupes de personnes qui favorisent la nouveauté et les changements et sont prêts à accepter certaines incertitudes. Il est très important d’être conscient de ces phénomènes car cela nous permet d’analyser les raisons pour lesquelles nous  nous sentons peu à  l’aise dans certaines structures et que nous sommes désireux de les transformer. Mais il est encore beaucoup plus important que ces instruments nous permettent de mieux comprendre les êtres humains et que nous puissions agir dans des groupes dont nous portons la responsabilité en tenant compte, dans la situation donnée, des besoins actuels des membres. Pour chacun le degré de liberté ou de contrainte souhaitées est différent suivant la situation. Il n’est pas possible, dans un groupe, d’offrir à chaque individu le degré de liberté ou de direction qui à un moment donné le satisfait pleinement.

2.5.2 Pensée dialectique

La tension entre l’ordre et le chaos, les forces centripètes et centrifuges, entre l’intégration et la différenciation, entre le rationalisme et l’empirisme, entre l’esprit et la matière ont été très tôt découvertes en philosophie (Héraclite). Une oeuvre particulièrement marquante est celle de Hegel dans sa description du processus dialectique au cours de l‘histoire. En effet il semble que nous puissions observer une évolution déterminée par une thèse, und antithèse et une synthèse. Dans le quotidien on fait l’expérience que chaque idée, chaque action entraîne une idée ou une action contraire. Ce phénomène est fructueux car une réaction contraire nous force à réfléchir et à proposer, si notre réflexion est bien menée, une synthèse intégrant thèse et antithèse. La pensée dialectique conduit régulièrement à une intégration à un niveau supérieur de positions qui au départ semblaient contradictoires et qui maintenant se joignent pour former un équilibre et continuer à se développer. En particulier pour les acteurs politiques cette conscience de la dialectique peut être très fructueuse, car elle permet d’aborder les problèmes ensemble, au delà des affrontements de politique partisane.

2.6. Conceptualisation

Au niveau du cerveau le traitement de l’information est accompagné de sentiments positifs. Mais c’est surtout la conceptualisation qui est récompensée par le flow. Conceptualisation signifie la construction de schémas cognitifs qui compriment un ensemble volumineux d’informations sous la forme de modèles compactes et inducteurs d’activités. Par exemple un résumé de la littérature francaise de ses débuts à aujourd’hui, l’histoire de l’Europe des origines jusqu’aux temps modernes, etc. Réaliser ce type de résumés exige un travail intensif pour réduire la complexité. Par’un effort intellectuel considérable des savoirs extrèmement complexes sont réduits et comprimés de manière qu’ils puissent être communiqués à des apprenants d’une facon motivante. Déjà au cours de cette phase de préparation les efforts sont récompensés par le flow. Voici un exemple décrivant les différentes phases suivies lorsqu’on s’apprête à présenter la pensée hégelienne: dès le début de ce travail de préparation on a virtuellement devant les yeux le groupe auquel on enseignera Hegel. On imagine en pensée les réactions positives du public. Les efforts de conceptualisation sont d’une part motivés par le flow inhérent au travail de réflexion sur les contenus, d’autre part par l’anticipation du flow qu’on ressentira lorsqu’on présentera les contenus de facon attractive à la classe. Dans le cadre de LdL ces activités sont réalisées par les élèves eux-mêmes avec pour corollaire du flow une augmentation considérable de la compétence et de la motivation.

Voici les étapes de la réduction de complexité à l’exemple de Hegel:

  • Première étape: la masse énorme d’informations à maîtriser (la vie et l’oeuvre de Hegel) induisent en nous en sentiment d’impuissance et de perte de contrôle.
  • Deuxième étape: nous divisons le contenu en petites portions, de sorte que le contrôle commence à s’exercer sur les différents éléments du contenu (on comprend ce que Hegel veut dire par „être en soi“, „être autre“ et „être en soi et pour soi“. Toutefois ce qui domine encore à ce stade c’est le sentiment d’impuissance!
  • Troisième étape: Peu à peu les parties qu’on ne comprenait pas se réduisent. Ce qu’on comprend devient un objet ludique. Il est par exemple amusant d’utiliser le terme „être en soi et pour soi“ parce que son sens n’est pas vraiment compliqué mais que le terme a l’air absurde. Je me réjouis d’avance à l’idée que mes participants s’amuseront, eux-aussi, à utiliser ce terme.
  • Quatrième étape: les différents éléments décrits (chez Hegel par exemple „l’esprit subjectif“, „l’esprit objectif“ et „l’esprit absolu“) vont être peu à peu intégrés et nous voyons apparaître un ensemble clair et compacte, qui nous donne de plus en plus l’envie de le communiquer à nos participants. On a de plus en plus envie de présenter Hegel, qui „finalement n’est pas si compliqué“.
  • Cinquième étape: Toute cette transmission de schémas cognitifs (Hegel) n’a de sens que s’il conduit à des actions. Les participants  vont comprendre la dialectique de Hegel et von utiliser ce principe dans l’interprétation de leur quotidien. Comme ils ont compris Hegel et sa dialectique, comme ils le maîtrisent et le contrôlent, ils veulent aussi communiquer cette dialectique aux autres!

On peut en fait constater que le traitement de l’information fournit une contribution au contrôle, mais que le contrôle stable, généralisé, nécessaire à la survie ne peut être atteint que par une conceptualisation permanente. LdL offre la possibilité d’habituer les élèves à cette conceptualisation permanente et à intérioriser les techniques nécessaires pour cela.

3. Réflexion et bonheur du point de vue de la philosophie

Ce qui caractérise l’antiquité grecque, c’est l’attitude eudémonique, qu’on retrouve plus tard chez les utilitaristes, notamment chez Stuart Mill. La satisfaction des besoins est considérée comme source de bonheur, en remarquant bien qu’il y a une différence entre les besoins primitifs et les besoins de caractère plus élaboré. Les plaisirs les plus élevés sont ceux de l’esprit.

Pour illustrer cette attitude, citons Aristote avec un passage de l’éthique à Nicomaque (Aristote, 2010, S.17): „Mais ceux dont l’activité est de penser et qui cultivent cela en eux-mêmes, non seulement ils se réjouissent de la meilleure constitution, mais encore ce sont eux que les Dieux aiment le plus. Car si les Dieux, comme on pense, prennent quelque peu en considération nos affaires humaines, on peut supposer qu’ils prennent plaisir à ce qui est le plus parfait et le plus semblable à eux – et c’est notre esprit – et qu’ils récompensent ceux qui aiment et respectent le plus l’esprit, parce que ceux-ci prennent soin de ce qu’ils aiment et agissent de facon droite et noble. Mais il est indéniable que toutes ces qualités se trouvent réunies à la perfection chez les sages. C’est pourquoi les sages sont les plus aimés des Dieux; si c’est le cas, les sages sont également les plus heureux.“

4. Les projets en tant que structures génératrices de bonheur

A la recherche de types d’activités qui exigent une conceptualisation permanente, qui contiennent un potentiel élevé pour la satisfaction des besoins fondamentaux et qui en même temps entretiennent un flow continu on découvre rapidement que cette structure est le projet. Ceci est particulièrement vrai pour la méthode LdL qui transforme les cours dans leur ensemble en projets: la responsabilité est supportée par les élèves dès le moment où le professeur leur remet les contenus qu’ils auront à faire assimiler à leurs camarades jusqu’à l’instant où ils pourront mesurer les résultats de leur enseignement au cours des interrogations et évaluations dans la classe à la fin de la séquence. Cela est valable dès la première heure de cours au début de l’année jusqu’á la dernière heure avant les vacances. Dans le cadre de ces structures suivant la méthode LdL toutes les conditions sont remplies en ce qui concerne la satisfaction des besoins fondamentaux: appartenance sociale, reconnaissance sociale, réalisation des potentialités et sens, puisque l’apprentissage intense de contenus pertinents est une activité pleine de sens.

(…)

[Ici je saute les paragraphes 5 et 6 du texte allemand. En effet ils peuvent être considérés comme des digressions et ne sont pas en rapport direct avec LdL]

(…)

7. Introduire la théorie de la méthode LdL dès la première heure de cours et dès l’âge de 10 ans

La qualité de la méthode LdL réside dans sa cohérence. Toutes les mesures péagogiques et didactiques sont fondées sur la théorie des besoins et sur les neurosciences. Il est essentiel que les élèves eux-mêmes soient familiarisés avec la théorie, car le succès de LdL dépend fortement de l’attitude adoptée et automatisée par les apprenants. C’est pourquoi les enseignants qui appliquent LdL de manière compétente communiquent la théorie dans leurs nouvelles classes dès les premières séances.

Voici l’exemple de deux collègues très impliqués dans le cadre du développement et de la diffusion de la méthode. Tous deux utilisent pour l’introduction de la théorie dans leurs classes l’article de base „Weltverbesserungskompetenz als Lernziel?“ (Martin 2002).

7.1 Peter Ringeisen (Dr.-Johanna-Decker-Gymnasium Amberg)

Peter Ringeisen (https://peterringeisen.wordpress.com/lernen-durch-lehren/ ) est professeur d’allemand, d’anglais et d’activités théâtrales au lycée Dr.-Johanna Decker-Gymnasium à Amberg. En premier lieu il distribue un glossaire comportant des explications pour les mots du texte nouveaux pour les élèves. Ces mots sont très complexes surtout pour des élèves âgés de dix ou onze ans.

Peter Ringeisen: explication des mots utilisés dans l’article „Compétence à améliorer le monde comme objectif de l’apprentissage?“ (Jean-Pol Martin, 2002)

Par ordre d‘apparition dans le texte

Changement de paradigme: Changement de système, changement profond dans la facon de voir les choses  (paradigme: schéma, structure)

Didactique: La science de l’enseignement et de l‘apprentissage

Pédagogie: Science de l’éducation et de la formation culturelle

Caractère appellatif: Qualités qui sont attractives pour les élèves et les motivent

Ressources: réservoir

Anthropologique: adjectif du substantif  „anthropologie“ (science de l’homme et de son évolution)

Cohérent:  logiquemen structuré

Opérationaliser: structurer un modèle théorique en petites unités de facon qu’on puisse le réaliser pas à pas concrètement en contrôlant le processus

Explorateur: prêt à découvrir des domaines inconnus

Cognitif: ayant trait à la connaissance intellectuelle; antonyme: affectif (causé par des émotions)

Intrinsèque: quelque chose qui appartient à une activité; exemple: quand quelqu’un effectue volontiers sont travail, parce que celui-ci lui fait plaisir et qu’il le trouve important, est motivé intrinsèquement; si par contre il le fait uniquement pour obtenir un salaire, ont dit que sa motivation est extrinsèque.

Antinomique: en contradiction (le substantif: une antinomie)

Postuler: dans ce cas: formuler une supposition

Physiologique: ayant attrait au corps

Meta-…: à un niveau supérieur; exemple: au milieu d’une discussion quelqu’un commence une „métadiscussion“ (donc une discussion sur la discussion, son sujet et son déroulement.

Linéarité: une description logique passant d’un point à l’autre sans oublier un élément ou intervertir des contenus (a priori: dès le début)

Herméneutique: cherchant le contenu d’un texte

Hypothèse: une supposition ne reposant pas sur une expérience et non démontrée

Métabolisme: ensemble des réactions chimiques qui se déroulent au sein d’un être vivant pour lui permettre de se maintenir en vie

Economie: usage réfléchi et sans excès de ressources

Fidéliser: rendre fidèle, par exemple une clientèle ou un groupe

Transcendence:  surnaturel

Discours: conversation observant certaines règles

Altruiste: non égoiste

 

Tableau de Peter Ringeisen sur l‘article „Compétence à améliorer le monde comme objectif de l’apprentissage?“ (Martin 2002)

(Malheureusement en allemand comme l’article concerné „Weltverbesserungskompetenz als Lernziel?“)

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(à suivre: je suis en train de traduire l’article d’allemand en francais)

 

 

 

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Lernen durch Lehren: Konzeptualisierung als Glücksquelle

Dieser Artikel wird demnächst in dem „Handbuch Unterricht und Erziehung“ (Verlag Wolters Kluver) veröffentlicht!

Konzeptualisierung-deutsch-pdf

Peter Ringeisen: LdL-Workshop in Augsburg!

Peter Ringeisen

1. Tag meiner LdL-Fortbildung in Augsburg
Wir haben am Vormittag den „Weltverbesserungskompetenz“-Aufsatz gelesen, visualisiert und diskutiert.

Jean-Pol Martins Foto.

2. Tag meiner LdL-Fortbildung in Augsburg:

Um LdL aus eigener Praxis (und aus Schülersicht) kennenzulernen, bereiteten zwei Deutsch-L eine Chemiestunde vor (Säure, Versuchsbeispiel: verfärbt Tee); eine L für Deutsch und eine für Haushalt und Ernährung präsentierten ein Kapitel aus Wirtschaft und Recht (Strafrecht); zwei Deutsch-L brachten der Gruppe bei, wie sich Großstädte und ihre Vororte in den USA entwickelten (Cities and Suburbs); und eine Musik-L schulte zusammen mit einer L für Ernährungslehre die ganze Gruppe im kunstvollen Falten von Servietten.

Das alles natürlich, nachdem sie am Vortag gründlich in die LdL-Theorie eingetaucht waren. Die meisten genossen die Situation und hatten viel Spaß dabei, in die Schülerrolle zu schlüpfen – sowohl als LdL-Team als auch als Mitschüler in der Lerngruppe. Auf diese Weise wurde deutlich, wie eine LdL-Einheit gelingen kann.

Lange Inkubation, plötzliche Emergenzen (wieder einmal!:-)

Ein bisschen Theorie:
Lange Inkubation, plötzliche Emergenzen:

In meinem Leben als Forscher habe ich mich bemüht, permanent und in zahlreiche Felder Impulse einzuspeisen, egal ob eine Reaktion kam oder nicht („Neuronenverhalten“). Ich wusste, dass mein Ziel richtig war und verfolgte es stur.
Und immer wieder wurde diese Strategie bestätigt („verifiziert“). Gerade in Augenblicken, wo mich der Mut und die Energie zu verlassen drohten, „emergierte“ Plötzlich ein Ereignis oder eine Person, die das Ganz gewaltig nach vorne brachte.
Ein paar Beispiele:
Isabelle Schuhladen Le Bourhis kenne ich seit etwa zwei Jahrzehnten und sie war immer interessiert aber zurückhaltend. Vor zwei Jahren erprobte sie LdL in ihrem Unterricht und explodierte förmlich. Die gegenwärtigen Erfolge sind in hohem Maße auf sie zurückzuführen. Ähnliches gilt für Peter Ringeisen, der ebenfalls zwei Jahrzehnte Interesse zeigte und als er nach mehreren Versuchen mit LdL plötzlich einen großen Erfolg zu verzeichnet hatte wie eine Rakete startete.
In einem anderen Feld („Glücksmodell“) prescht gerade Juliane Martin mit voller Wucht voran!
Im Rahmen des Projektes „Asylbewerber erstellen einen geistesgeschichtlichen Parcours“ hat sich gerade Assmael EW vor meinen Augen wie ein Geiser in den Himmel geschossen.
Und in einem ganz anderen Kontext, nämlich in dem Kampf gegen das Kongresshotel emergiert plötzlich eine Situation (Finanzmisere), die große Chancen eröffnet, das ganze Kongressdrama zu beseitigen! Hier steht Christian Lange an vorderster Front!
Ständig pushen und auf plötzliche Emergenzen vertrauen, das ist die Devise!!!

LdL + Migrantenprojekt + Prezi von Peter Ringeisen: Explosion?

Gegenwärtig erlebe ich dank Peter Ringeisen, Veronika Peters und Akinyi Bittner so etwas wie die Besteigung eines 8 Tausenders:
Das Prezi von Peter Ringeisen liefert die komplette Theorie zur Methode LdL sehr anschaulich und sehr aktuell!
Gleichzeitig aber liefert dieses Modell („Weltverbesserungskompetenz als Lernziel?“) nicht nur die Theorie zu LdL, sondern auch zu allen anderen Lebens- und Projektaufgaben. Beispielsweisie die Förderung und Integration von Asylbewerbern und Migranten über kulturell sehr anspruchsvolle Projekte, wie das Aufstellen und Präsentieren von Stationen über die Ingolstädter Geistesgeschichte.
Und da werde ich massiv von Veronika Peters und Akinyi Bittner unterstützt!

LdL-Fortbildung am Lessing-Gymnasium in Neu-Ulm.

Statements über die LdL-Fortbildung am Lessing-Gymnasium in Neu-Ulm:

Peter Ringeisen sagt:
„Sehr aufmerksames Publikum, sehr positive, interessierte Atmosphäre – das ganze Kollegium war da, unter ihnen natürlich Marcel Jenczek, mit dem ich mich vorher noch getroffen habe (sehr nett!). Auch Schulleitung sehr positiv und offen.
(…) Die Lehrkräfte haben sich unmittelbar im Anschluss in Fächergruppen zusammengesetzt und über die Umsetzung in die Praxis gesprochen.“
Und Marcel Jenczek:
„Vielen Dank für deine heutige Vorstellung von LdL. Die Ergebnisse der Diskussionen in den Fächergruppen war äußerst fruchtbar und ich stand meinen Kollegen im Anschluss Rede und Antwort. Vielen Dank, dass du diesen wertvollen pädagogischen Stein ins Rollen gebracht hast!“

LdL: Deep Thinking dank Peter Ringeisen!

Prezi: LdL in Theorie und Praxis (2016)

Grundzüge des Unterrichtsprinzips „Lernen durch Lehren (LdL)“ nach Prof. Jean-Pol Martin a. d. Grundlage s. Aufsatzes „‚Weltverbesserungskompetenz‘ als Lernziel?“ (2002), konkretisiert an Beispielen aus eigenem Unterricht, Fortbildung Neu-Ulm (2016)